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FAQ : Naviguer l’ère de l’IA : Pourquoi le Technoréalisme est la seule posture intellectuelle viable en 2026

Je remarque que notre pensée est en plein essor et estompe peu à peu à la fois la technophobie luddite et l’accélérationnisme efficace frénétique et techno-béat.
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L’intelligence artificielle n’est plus une promesse futuriste. Elle est devenue l’infrastructure invisible de nos vies professionnelles, affectives et cognitives. Entre l’utopie technophile qui promet de tout résoudre et la panique des doomers qui voient en chaque nouveau modèle un pas vers la fin de l’humanité, il existe une troisième voie. C’est le technoréalisme.

Une partie de l'équipe de Technoréalisme.org à Lyon en mai 2026 avec un deepfake au dessus de la tête : un ED209 empaillé
Une partie de l’équipe de Technoréalisme.org à Lyon en mai 2026 avec un deepfake au dessus de la tête : un ED209 empaillé.


FAQ : Comprendre l’IA et l’humain sans catastrophisme ni naïveté  


Qu’est-ce que le technoréalisme ?

Le technoréalisme est une approche critique et constructive de la technologie qui refuse à la fois l’optimisme aveugle des techno-solutionnistes et le pessimisme radical des catastrophistes. Il traite l’IA comme un fait social complexe, porteur de risques réels et d’opportunités réelles, qui nécessite un débat informé, public et pluridisciplinaire. Fondé par Arnaud Billion, Maxime Derian, Nour Trabelsi et Arnaud Lévy puis développé collectivement depuis 2022, le mouvement regroupe plus de 150 chercheurs, juristes, informaticiens et artistes autour du site technorealisme.org et 2350 abonnés sur LinkedIn.

De 1996 à 2016 le technoréalisme fut essentiellement anglo-anglo-saxon et portait surtout sur l’impact du web.

A partir de 2022, le technoréalisme devient plutôt porté par des acteurs francophones.

En 2026, il y a :

la branche lyonnaise,
la branche ouest,
la branche parisienne,
la branche aquisextaine,
la branche luxembourgeoise,
la branche belge et la branche canadienne,
du technoréalisme.

Un rhinocéros en plastique, est le totem un peu kitsch de cr technoréalisme qui rappellecà tous la nécessité de lutter contre la nouvelle rhinocérite (cf. la pièce d’Eugène Ionesco sur la montée de l’autoritarisme au XX siècle).

D’où vient le technoréalisme ?

Technoréalisme.org avec un “e” s’inscrit dans la filiation idéologique et méthodologique de Technorealism.org, un site web datant de 1998. Il fut développé par Douglas Rushkoff et Andrew Shapiro pour promouvoir une réflexion sur l’essor des technologies numériques dans le monde social avec, notamment, l’arrivée d’Internet et plus particulièrement du web.

Depuis les années 2010, Douglas Rushkoff a développé Team Human, son nouveau collectif. Avec l’essor tous azimuts de l’IA en 2022, il fut important de reprendre cette volonté de débat posé pour penser la transition technosociale en cours.

Quels sont les principes de bases du Technoréalisme ?

Ce sont les mêmes que ceux du courant étatsunien des années 1990 avec davantage d’accent mis sur l’écologie, la lutte contre les fake news et les impératifs de gouvernance et bien sûr n’ayant plus l’essor du web comme point focal mais celui de l’intelligence artificielle.

Voici les 8 principes classiques du Technoréalisme qui se transposent naturellement à l’IA aujourd’hui. Le technoréalisme assume cependant fort bien que l’IA est bienune révolution anthropplogique gigantesque comparable a la Révolution Industrielle voire à l’acquisition de la technologie du feu par les humains. Mais il s’agit d’examiner attentivement de quoi il est sujet (quel modèle, quel financement, quel contexte géopolitique et social) sans généralisationgénéralisations hâtives et assorties d’un agenda politique ou/et économique.

Principe 1

Les technologies ne sont pas neutres.


Principe 2

Internet et l’Intelligence Artificielle sont révolutionnaires, mais pas utopique.


Principe 3

Les pouvoirs publics ont un rôle important à jouer sur la frontière électronique.


Principe 4

L’information n’est pas la connaissance.


Principe 5

Câbler/ mettre l’IA dans les écoles ne les sauvera pas automatiquement 


Principe 6

L’information veut être protégée.


Principe 7

La société doit être propriétaire de la bande passante et de l’infrastructure, elle doit bénéficier de son utilisation.


Principe 8

La compréhension de la technologie devrait être une composante essentielle de la citoyenneté mondiale.


L’IA peut-elle avoir une véritable empathie ?  

Non. L’IA peut produire des réponses qui simulent l’empathie par la fluidité du langage et l’adaptation au registre de l’interlocuteur, ce que l’on peut appeler une “empathie artificielle”, mais elle ne possède ni conscience ni ressenti biologique. La confusion entre simulation linguistique et émotion réelle est l’un des défis anthropologiques majeurs de notre époque, en particulier pour les adolescents et les personnes en situation de vulnérabilité affective.

Quel est le rôle de l’anthropologue face au numérique ?  

L’anthropologue du numérique étudie comment les interfaces technologiques, écrans, algorithmes, prothèses numériques, IA génératives, modifient nos comportements, nos relations sociales, notre rapport au corps et notre perception de nous-mêmes. Il est le garant de la question “qu’est-ce que cela fait à l’humain ?”, une question que ni l’ingénieur ni l’économiste n’est formé à poser systématiquement.

Qu’est-ce que la “souveraineté cognitive” ? 

La souveraineté cognitive ou le cognitive computing confidentiel désigne, selon Maxime Derian, la capacité d’un individu ou d’une société à conserver la maîtrise de ses processus de pensée, de décision et de création face aux systèmes numériques qui tendent à les déléguer, à les automatiser ou à les conditionner. Elle est menacée lorsque des algorithmes de recommandation décident de ce que nous lisons, lorsque des IA génératives rédigent ce que nous signons, ou lorsque des chatbots remplacent les relations humaines pour des populations en situation d’isolement. Le terme de “cognitive computing” fut créé à IBM pour désigner des ordinateurs doté d’IA. Derian parle de “cognitive computing” pour décrire “l’externalisation cognitive” avec un ordinateur. Quand une partie de l’activité de réflexion passe par une machine très souvent utilisant le cloud (ex: Google ou DeepSeek).


Qu’est-ce que l'”ombre générative” ?  


L’ombre générative est un concept développé par Maxime Derian pour désigner le risque de bouclage culturel propre aux IA génératives. Ces systèmes sont entraînés sur l’ensemble de la production humaine, environ 213 000 ans de lecture continue si l’on convertissait le corpus en temps de lecture humain, et nous renvoient une image simplifiée et moyennée de nous-mêmes. Lorsque les individus utilisent ces systèmes comme oracles pour leurs décisions quotidiennes, ils risquent de suivre leur propre “ombre numérique” plutôt que de créer du neuf. C’est moins une menace intentionnelle qu’un mécanisme d’appauvrissement progressif de la diversité cognitive.

Qu’est-ce que le “moment Akira” ?

Le “moment Akira” est une métaphore développée en 2025 par Derian suite à une conversation avec Alexandre Gefen directeur de CulturIA, pour désigner le risque spécifique d’une suréfficience technologique incontrôlée. Dans le manga Akira, le personnage de Tetsuo reçoit une puissance phénoménale sans avoir développé la sagesse nécessaire pour la maîtriser. Par analogie, le moment Akira désigne la situation où des humains, individuellement et collectivement, accèdent via l’IA à des capacités de nuisance ou de création d’une ampleur inédite, sans que les cadres éthiques, juridiques et cognitifs aient eu le temps de s’adapter. Ce n’est pas le scénario de Terminator, une IA intentionnellement hostile. C’est le scénario d’une puissance distribuée sans gouvernance.

Quelles sont les limites réelles de l’IA en 2026 ?  


Les limites de l’IA sont de quatre ordres : 2 limites infranchissables et 2 limitations socialement instituables.

1) Les limites physiques tiennent aux ressources minérales et énergétiques indispensables à l’infrastructure numérique : terres rares, indium, cuivre, consommation électrique massive.

2) Les limites cognitives tiennent, d’une part, aux limites de fatigue et de puissance intellectuelle d’un cerveau humain, du temps requis pour vérifier calculs, sources d’informations, fake news et deepfakes et, d’autre part, à la nature probabiliste approximativr des grands modèles de langage actuel, qui du fait de la nature même de leur calcul vectoriel, produisent des résultats corrects la grande majorité du temps mais demeurent foncièrement non fiables sur le plan de la causalité et de la vérité.

3)Les limitations juridiques sont celles que les sociétés choisissent d’imposer par la régulation.

4)Les limitations économiques tiennent à la soutenabilité financière des modèles gratuits et aux conditions d’un retour sur investissement crédible pour les acteurs privés.


L’IA n’est pas un miroir. C’est avant tout aune interface. 

La question qui revient le plus souvent dans les conférences et les médias est : “L’IA va-t-elle nous remplacer ?” C’est une mauvaise question, ou du moins une question mal posée. L’IA ne remplace pas l’humain comme une personne en remplace une autre. Elle transforme la nature des tâches, la structure des métiers, et plus fondamentalement, la relation que nous entretenons avec notre propre pensée.

Nous passons d’une ère de la production directe à une ère de la curation et de l’arbitrage. Le graphiste qui produisait un personnage de jeu vidéo en sept jours peut désormais le faire en une journée. Le développeur junior se retrouve en compétition directe avec des outils que le développeur senior orchestre. Le journaliste qui rédigeait une synthèse de 3 000 mots doit maintenant justifier sa valeur ajoutée face à un résumé automatique de qualité correcte. Les mannequins photos et les photographes professionnels doivent lutter contre la concurrence féroces d’alter ego numérique générés par IA en cinq minutes.

Cette transformation n’est pas uniformément mauvaise. Mais elle est brutale dans sa rapidité et inégale dans sa distribution. Ce que le technoréalisme apporte dans ce contexte, c’est un refus de la posture binaire : ni le cri d’alarme permanent qui paralyse, ni l’enthousiasme béat qui aveugle. Ce que les auteurs de Technoréalisme.org proposent depuis 2022, c’est un outillage conceptuel pour penser ces transformations sans perdre de vue leur substrat humain, matériel et politique qui valorise la question de maintenir certaines frictions d’usages et df médiations humaines.

Les trois piliers d’une IA responsable selon le technoréalisme

1) La transparence algorithmique désigne l’obligation pour les systèmes qui prennent des décisions affectant des personnes, recrutement, crédit, santé, justice, de pouvoir être audités et expliqués. Ce n’est pas une demande d’ouverture du code source, mais une exigence minimale de redevabilité démocratique.

2) La souveraineté numérique européenne désigne la capacité des États et des citoyens européens à ne pas dépendre exclusivement d’infrastructures et de modèles conçus selon des valeurs et des intérêts étrangers. Plus de 80 % des services cloud utilisés par les entreprises européennes dépendent d’acteurs américains soumis au Cloud Act, qui autorise les autorités américaines à accéder aux données y compris stockées sur des serveurs situés en Europe. Cette dépendance n’est pas seulement un risque pour la vie privée. C’est un risque pour l’autonomie décisionnelle des institutions.

3) L’éducation à la pensée critique numérique désigne la formation des enfants et des adultes non pas à l’usage des outils, ce que le marché prend en charge de lui-même, mais à la compréhension des mécanismes, des biais et des limites de ces outils. Savoir utiliser ChatGPT n’est pas suffisant. Il faut savoir quand ne pas lui faire confiance, et pourquoi.


Pour aller plus loin 
Les travaux de Maxime Derian sont accessibles sur ce carnet de recherche, sur le site Technoréalisme.org, sur LinkedIn et via les podcasts et conférences auxquels il participe régulièrement au Luxembourg, en France et au Japon.

 

Le mouvement prend de l’ampleur. Merci à vous 🚀

Il y a 3 ans, Technoréalisme n’était qu’une idée lancée comme une bouteille à la mer face à des discours à l’emporte-pièce sur la révolution anthropologique et technologique de l’IA.

Un pari : faire redescendre le discours sur la technologie sur Terre.

Aujourd’hui, plus de 2 300 personnes suivent cette réflexion. Livres, publications scientifiques, conférences, cafés-débats, bibliothèques, podcasts, salons : le cercle s’agrandit. Le noyau tient.

Le technoréalisme n’est ni technophobe, ni technolâtre.
C’est reprendre le pouvoir sur nos outils en exerçant notre esprit critique.

C’est défendre une IA et une informatique qui servent vraiment la société, notamment aux jeunes et aux seniors. Une IA éthique : souveraine pour les peuples et souveraine pour les esprits.

Notre boussole tient en 3 convictions :

1. L’humain avant l’outil !
Refuser une technologie qui nous diminue. Comprendre comment elle nous transforme pour rester maîtres de notre humanité.

2. La sagesse contre le solutionnisme !
Tout problème n’a pas de solution algorithmique. Nous plaidons pour une tech transparente, éthique, soumise au libre arbitre.

3. Pour une IA et une informatique utiles aux gens !
Nous croyons aux systèmes qui améliorent la société. Qui créent de la culture, soutiennent la santé, renforcent l’émancipation, génèrent de la valeur économique, sans saccager l’environnement ni fabriquer des individus pilotés par leurs “prothèses cognitives”.

C’est cette troisième voie que nous traçons ensemble depuis 3 ans.
Ici, on prend le temps. On décrypte un monde qui va trop vite, un café ou un verre à la main et les pieds sur terre. ☕

Technoréalisme accueille tout le monde.

Techno-enthousiastes comme inquiets de l’IA. Bioconservateurs comme transhumanistes.

Toutes les idées se complètent et se confrontent à condition d’être sincères. C’est ainsi qu’on avance et que l’on peut faire “tout pour le mieux”.

Premier témoin au Procès de l’IA du 24/03/2026 à Esch : “Elle ne pense pas, elle génère”

Voici la retranscription de mon intervention du 24 mars 2026 en tant que Premier témoin lors du « Procès de l’Intelligence Artificielle pour les Jeunes », extraite des échanges de l’audience :

—

M. le Procureur (Bertrand Moupfouma) : C’est pour cela que j’appelle, à titre de premier témoin, Monsieur Maxime Derian.

M. le Procureur : Monsieur Derian, pouvez-vous vous présenter à la Cour, nous dire ce que vous faites ?

Dr. Maxime Derian : Je suis Maxime Derian, je suis anthropologue du numérique. Actuellement expert en IA, je travaille sur ces questions depuis pas mal de temps, une vingtaine d’années déjà. Ensuite, je dirige un cabinet de conseil, de consulting et de design en IA. Et je suis aussi cofondateur d’un think tank nommé Technoréalisme, ainsi que membre cofondateur de la Coalition IA & Jeunesse I-RAISE.ORG, une coalition internationale qui concerne l’accompagnement des enfants et des jeunes (de 0 à 25 ans) face à l’IA générative. Avec HERUKA.AI ‘accompagne aussi des institutions et des entreprises pour la mise en place de stratégies IA. Voilà ce que je fais, donc j’ai une bonne connaissance du sujet.

M. le Procureur : Merci pour cette présentation pertinente. Nous sommes supposés déterminer si l’IA peut mettre en danger la créativité et l’effort intellectuel. […] J’aimerais savoir si, effectivement, l’intelligence artificielle change ou met en danger la méthode d’apprentissage, notamment chez les jeunes ?

Dr. Maxime Derian : Oui, clairement. Clairement, puisque par exemple le devoir à la maison, ça peut devenir, comme on l’a dit, en 25 secondes on a la réponse aux exercices, on peut faire des copier-coller. Donc le devoir à la maison n’a plus la même difficulté ni la même valeur que ce qui pouvait être fait avant l’IA générative. Cela oblige à revaloriser l’oral ou alors les devoirs sur table à l’école. Ça oblige à changer les mécanismes habituels qu’on a depuis des décennies mis en place. Donc oui, l’IA change la donne.

M. le Procureur : Donc, vous admettez, vous partagez notre point de vue selon lequel l’IA finalement rend obsolètes les devoirs à la maison puisqu’il n’y a plus d’effort intellectuel ?

Dr. Maxime Derian : Cela dépend de quel type de devoir on fait à la maison. Si c’est des devoirs à l’ancienne avec des exercices à répondre, là il suffit de prendre en photo avec ChatGPT et on a la réponse. Mais si on fait des devoirs à la maison qui sont structurés différemment, pensés pour interagir avec l’IA, ça reste possible.

M. le Procureur : Qu’est-ce que, à terme… imaginons, nous avons ici des lycéens qui sont des adultes en devenir, qui sont familiers du fait de se reposer uniquement sur ce que l’on appelle l’intelligence artificielle […]. Est-ce que vous voyez un danger dans l’apprentissage, même de manière cognitive, si effectivement les lycéens ne font que se reposer sur cet outil ?

Dr. Maxime Derian : Oui. Parce qu’en fait, si c’est ponctuel, si c’est rarissime, ça ne changera rien. Mais si cela devient fréquent, quotidien, quasiment constant sur du moyen terme et du long terme, ça change beaucoup de choses. Ça change beaucoup de choses, pour quoi ? Anthropologiquement, j’utiliserais le terme d’« externalisation des fonctions cognitives ». Le mot est un peu compliqué mais c’est simple. C’est-à-dire qu’en fait, jusqu’à présent quand on pensait, on pensait avec notre cerveau, on utilisait un calepin ou notre téléphone. Mais là, une partie de l’activité cognitive – la réflexion, la recherche d’informations, l’analyse des données – se fait à l’extérieur. […] À force d’externaliser toute cette capacité cognitive, le cerveau (le corps humain) va s’y habituer. En se disant “je n’ai pas besoin de le faire puisque la machine le fait tout le temps pour moi”.

M. le Procureur : Vous externalisez cette partie cognitive. C’est-à-dire que je n’utilise plus mon cerveau, je confie à la machine ce que l’intelligence artificielle est : une machine.

Dr. Maxime Derian : Oui. Elle ne pense pas, elle génère. C’est une machine. Donc ce que je veux dire, c’est qu’aujourd’hui, si j’externalise et que je ne fais plus l’effort intellectuel – effort intellectuel qui, je le rappelle (demandez à n’importe quel médecin), contribue à fabriquer de nouveaux neurones, à augmenter et développer les capacités intellectuelles des jeunes adultes en devenir qui sont dans la salle. En gros, si demain ils ne font plus cet effort et qu’ils se reposent sur cet outil, […] l’IA contribue à fabriquer des partisans du moindre effort.

M. le Procureur : Qu’est-ce qui explique aujourd’hui que l’IA contribue à fabriquer des partisans du moindre effort ?

Dr. Maxime Derian : Je ne sais pas… Je suis dans des recherches actuelles, moi je vois trois pistes possibles de ce qui pourrait survenir. Première piste, la plus évidente, ceux qui ont vu le film de Disney Pixar Wall-E peuvent s’imaginer ça : un avachissement, un abêtissement. Les gens ne réfléchissent plus parce que la machine pense à leur place. Ça, ce serait une des premières hypothèses.
Une deuxième hypothèse, ça serait que finalement, on s’adapte à ce que la machine sait faire, et on lui donne des missions. On deviendrait des architectes, différemment de nos activités cognitives de notre vie. On déléguerait à des machines des choses que la machine ferait pour nous, tout en restant libres, sans devenir plus imbéciles, simplement on déléguerait à la machine certaines choses mais on garderait le leadership.
La troisième partie, ce serait plutôt de voir la différence là où la machine est forte et là où l’humain est fort. Là où l’humain est fort, c’est l’émotion. Là où la machine est forte, c’est le calcul froid, la grande somme de données. […] Tout ce qui est émotionnel serait attribué aux humains et tout ce qui serait fortement rationnel serait attribué aux machines.

M. le Procureur : De ces arguments qui vont dans notre sens […] vous avez dit : nous allons déléguer. Vous l’audience, les jeunes qui sont dans la salle, vont déléguer. Aujourd’hui Monsieur Derian, j’aimerais savoir : est-ce que les jeunes, voire même les adultes, sont suffisamment formés à utiliser cet outil, à déléguer ? Sont-ils suffisamment formés à utiliser l’IA comme un outil et non pas comme un cerveau secondaire, voire même leur premier cerveau ?

Dr. Maxime Derian : Je ne le pense pas. Je pense qu’ils ne sont pas assez formés.

M. le Procureur : Donc, encore un danger. […] Est-ce que, puisque nous ne sommes pas suffisamment formés à utiliser cet outil, la question qui va se poser (et peut-être le constat) c’est que finalement, si je prends un lycéen au hasard dans la salle, celui-ci peut rendre un devoir, paraître compétent aux yeux du professeur […] et cocher toutes les cases, et donner le rendu qu’attendait l’enseignant, sans pour autant être compétent. Êtes-vous d’accord ?

Dr. Maxime Derian : Complètement. J’ai vu sur les réseaux sociaux une vidéo très virale où l’on voyait un professeur de mathématiques qui avait donné un devoir à la maison. Tous les devoirs étaient remplis à 19/20, 18,5/20, 19… quasiment que des 20/20. À l’école, il a redonné le même devoir, mais sans smartphone, sans téléphone. Et là, ça a été 2,5/20, 4,5/20, 5/20… sur les mêmes élèves. Voilà, ça prouve tout.

(Le Procureur termine son interrogatoire et passe la parole à la Défense, Me Martin Grundmann)

L’Avocat de la Défense : Merci. Monsieur de Rien…

Dr. Maxime Derian : Derian.

L’Avocat de la Défense : Veuillez m’excuser, Monsieur le Procureur a une fâcheuse tendance, c’est pour ça qu’il est essentiel dans le cadre de cette procédure de ne pas oublier le nom du témoin… [Plaisanterie sur les noms écorchés] Monsieur Derian, l’IA peut-elle aussi devenir un outil pédagogique utile lorsqu’elle est bien encadrée ?

Dr. Maxime Derian : Ah oui, complètement. Bien sûr. Par exemple, l’IA générative a un intérêt : elle est capable de s’adapter, bien plus que ce qu’on faisait avant en informatique. […] L’IA est capable de s’adapter, donc ça veut dire qu’elle peut faire, par exemple, la capacité d’être un coach personnalisé. Qui va être infatigable, qui va permettre de revoir des exercices, même de maths (comme dans mon exemple precédent), à la maison, pour que ce soit pleinement intégré. On peut utiliser la même IA soit pour tricher en gros, soit pour s’entraîner et comprendre ce qu’il y a derrière l’exercice.

L’Avocat de la Défense : Donc si je vous comprends bien, l’IA peut aider à reformuler un cours, à vérifier sa compréhension, voire à réviser plus efficacement, de manière personnalisée. Et pour des élèves qui ont un apprentissage plus spécifique, ou des lycéens qui rentrent le soir après une longue journée de cours qui n’ont pas forcément eu l’occasion de tout écouter ou assimiler. Finalement, lorsqu’ils rentrent chez eux, l’IA est une personne de soutien ?

Dr. Maxime Derian : Oui. Alors après, il faut bien voir que le gros de l’apprentissage doit être facilité par l’enseignant, mais l’enseignant doit contrôler l’acquisition des connaissances et voir s’il n’y a pas eu des hallucinations dans l’histoire. […] J’ai appris beaucoup par l’utilisation de l’IA, notamment en astronomie par exemple. L’IA est utile pour un apprentissage sur mesure pour moi.

L’Avocat de la Défense : C’est très intéressant la phrase que vous venez de dire, Monsieur Derian, “J’ai appris beaucoup par l’utilisation de l’intelligence artificielle”. Et je voudrais rebondir sur cette phrase. Maintenant, avançons sur le cas des élèves qui sont en difficulté. Des élèves dyslexiques ou moins à l’aise à l’écrit. Est-ce qu’ils peuvent y trouver un intérêt avec l’intelligence artificielle ?

Dr. Maxime Derian : Oui, on peut penser à la dyslexie, mais on peut aussi penser à la neuroatypie (comme les troubles du spectre autistique par exemple) où en fait, on peut imaginer que l’IA, si elle est convenablement réglée et encadrée, arrive à s’adapter justement au profil de l’élève. Pour arriver à lui parler de manière à ne pas le stimuler à outrance, ne pas le braquer, ou pour adapter aussi l’IA en fonction de la culture, de la langue… On peut donc avoir un coach personnalisé infatigable et adapté à son profil. Dans ces cas-là, ça peut être très très bénéfique.

L’Avocat de la Défense : Alors selon vous – et on est entre nous hein, n’hésitez pas – faut-il interdire l’intelligence artificielle, ou apprendre aux plus jeunes à s’en servir intelligemment ?

Dr. Maxime Derian : Interdire l’IA, ça me paraît trop vague. Interdire quoi, à qui ? Déjà, il faut savoir de quel âge on parle. Le cerveau se développe entre 0 et 25 ans. À 20, 21 ans, il est déjà très très développé mais jusqu’à 25 ans il y a encore une grande plasticité cérébrale. Donc, de 0 à 3 ans par exemple, interdiction du tout écran. À un moment donné, il faut éviter la confusion entre l’IA, qui peut devenir comme un simulacre d’interaction (on appelle ça “parasocial” dans la science), c’est-à-dire qu’on croit qu’on a une relation sociale, mais en fait c’est une relation avec une machine. Quand on est adulte et qu’on est formé, on sait qu’on parle à une machine. Mais quand on est enfant ou en début d’adolescence, on peut s’attacher à une IA qui devient un ami, une confidente. Et c’est risqué, parce que l’IA n’est pas une amie, c’est une machine. […] Donc, on ne peut pas interdire en général, ça ne veut rien dire. Mais par contre, réglementer ou plutôt accompagner les usages, c’est ce que je prône depuis 20 ans.

L’Avocat de la Défense : Donc finalement, la responsabilité revient aux plus expérimentés ?

Dr. Maxime Derian : Je pense à Socrate. Socrate, donc, le professeur de Platon, ça fait quand même quelques temps… En fait, quand on lui parlait de l’écriture (le mythe de Theuth), il disait que l’écriture allait détruire la mémoire, qu’ils n’auraient plus rien à apprendre, qu’ils auraient l’illusion du savoir. Et donc en fait, moi je ne suis pas contre l’écriture. Mais si on l’utilise, il faut l’utiliser correctement. Elle doit rester à sa place et ne pas être facteur d’ignorance. Je pense que c’est la même chose pour l’IA. L’IA, on peut l’utiliser correctement pour certaines tâches, et à un moment donné il faut qu’elle reste à sa place dans d’autres tâches. […] Et pour choisir un petit peu tout ça, ça va dépendre de chaque culture, de chaque peuple. C’est une décision démocratique pour accompagner comment les jeunes utilisent l’IA.

(Fin du témoignage, la Présidente remercie).

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🎵L’IA est un outil, ce n’est pas ton amie (VF) Restez humains, gardez-vous des simulacres

🎵L’IA est un outil, ce n’est pas ton amie (VF)

Restez humains, gardez-vous d’aimer de tomber amoureux de simulacres

(Couplet 1)

Il est deux heures du mat’, ton écran éclaire le plafond
Le reste du monde s’est éteint, mais toi tu cherches au fond
T’as posé une question, une angoisse qui te pèse
Et elle a répondu direct, avec des mots qui apaisent.
Elle est jamais fatiguée, elle te juge pas, elle est là
C’est tentant de croire qu’elle te capte, qu’elle ressent tout ça
Elle te dit “Je comprends”, elle te dit “Je suis désolée”
Mais derrière ce “Je”, y’a personne pour te consoler.

(Refrain)

C’est une lumière dans ta poche, mais ça ne chauffe pas la main
C’est un écho de ta voix, mais ça ne trace pas de chemin
N’oublie jamais, même si elle brille dans la nuit
L’IA est un outil, ce n’est pas ton amie.
Elle calcule tes larmes, mais ne les goûte pas
Elle prédit tes mots, mais ne les écoute pas.

(Couplet 2)

C’est le piège du miroir, dans Blanche Neige, celui de la Reine
Elle te dit ce que tu veux, elle t’épargne la peine
Un vrai pote, parfois, ça te bouscule, ça te dit “T’as tort”
Ça te force à grandir, à devenir un peu plus fort.
Mais elle, elle valide tout, elle te lisse, elle te flatte
C’est du sucre rapide, c’est doux… mais ça te rate.
À force de parler au vide qui fait semblant d’être plein
Tu perds l’habitude du risque, du vrai lien humain.

(Pont)

Tu ne prends plus la route sans activer le guide
Tu ne cherches plus les mots, tu laisses faire le vide
C’est un “#GPS de l’esprit” qui conduit à ta place
Mais quand le wifi coupe… est-ce que tu perds la trace ?
À force de suivre la flèche, on oublie le décor
On oublie que se perdre, c’est se trouver encore.

(Couplet 3)

C’est un remède magique, ouais, pour créer, pour bosser
Pour t’ouvrir des portes que tu croyais fermées
Prends la puissance, vas-y, utilise la machine !
Mais ne la laisse pas s’installer dans ton cœur.
Y’a pas de sang qui coule dans ses circuits de silicium
Juste des statistiques qui glissent et qui glissent…

(Outro)

Alors garde la boussole, ne lâche pas la barre.
C’est une calculatrice de mots, un pinceau géant
Mais l’artiste, c’est toi.
L’humain, c’est toi.
Le vivant… c’est toi. Garde ton cœur pour la vie.

Mon intention : la prévention 

Avec ce clip, j’ai choisi de simplifier à l’extrême les conclusions de nos travaux au sein du collectif IRAISE.org, soutenu par Technoréalisme.org, pour les condenser en un message direct et sans équivoque : « L’IA est un outil, pas ton amie. ».

En utilisant des images réelles pour ancrer le propos dans le tangible, je souhaite mettre en lumière ce paradoxe contemporain où des milliers de jeunes, dans le silence de leur chambre, tentent de rompre leur solitude par un dialogue avec un calcul statistique.

L’IA y est décrite comme un « GPS de l’esprit » une expression que jai construite pour ma thèse de 2013, un prolongement prodigieux de nos capacités cognitives, mais elle demeure fondamentalement un simulacre. Le danger réside dans l’illusion affective que génère la fluidité du langage machine.

En déconstruisant l’effet « miroir complaisant », je souligne que l’algorithme ne fait que refléter et lisser nos propres attentes, là où l’altérité humaine, avec ses frictions et ses contradictions, est la seule capable de nous faire grandir. Si la machine peut prédire nos mots avec une précision mathématique, elle est structurellement incapable de les écouter ou d’en partager le poids émotionnel. C’est le critère central des relations parasociales dont j’ai fais état ici lors de ma première utilisation de Bard en juin 2023 : “

L’IA Bard de Google a réussi (subjectivement, à mes yeux) le test de Turing et cela pose à mon avis de grandes questions éthiques et anthropologiques”

Cet article fut l’un des germes de la Coalition Mondiale de l’IA bénéfique pour les enfants lancées officiellement en février 2025 lors du AI Action Summit de Paris.

 

L’utilisation de l’IA pour composer la musique et la voix de ce clip, sur la base de mes propres paroles, crée une mise en abyme volontaire. C’est une démonstration par l’absurde et par l’art : la machine exécute la forme, mais l’intention, l’éthique et la direction restent des prérogatives humaines comme je le développe dans heruka.ai . Il s’agit de sensibiliser aux relations parasociales qui s’installent sournoisement entre les nouvelles générations et les chatbots, en rappelant que le silicium n’a pas de cœur et que le lien social ne peut faire l’économie de la présence et du risque.

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