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Le [RAR] Rendement Anthropologique Réel, une boussole technoréaliste pour une gouvernance IA souveraine, éthique et pro-environnementale

  • Le Rendement Anthropologique Réel selon Maxime Derian- Technoréalisme
    Le Rendement Anthropologique Réel selon Maxime Derian (cc) – Technoréalisme

Le RAR comme boussole technoréaliste

Le Rendement Anthropologique Réel, ou RAR, est né d’un constat central du technoréalisme : l’IA n’est ni une magie salvatrice ni un monstre à fuir, mais un fait social, matériel et politique qu’il faut évaluer avec des critères humains et non purement techniques. Face à la triple dette que crée la Société-Ruche, dette logicielle par l’obsolescence permanente, dette cognitive par la délégation de notre jugement, et dette environnementale par l’extraction massive d’énergie et de minerais, le technoréalisme refusait jusqu’ici l’optimisme aveugle des solutionnistes comme le pessimisme paralysant des catastrophistes, sans disposer d’un outil de mesure commun. Le RAR comble ce manque. Il prolonge les trois piliers du mouvement, la transparence algorithmique, la souveraineté numérique et l’éducation à la pensée critique, en les traduisant en une formule opérationnelle. Il ne s’agit plus seulement de demander “est-ce que ça marche”, mais “est-ce que ça nous rend plus libres, plus résilients et plus sobres”. En rapportant la complexité utile qu’une technologie apporte réellement à l’humain à son coût énergétique et à sa dépendance exogène, le RAR permet de distinguer une innovation qui émancipe d’une innovation qui asservit, et d’ancrer la gouvernance de l’IA dans la finitude du monde réel plutôt que dans la promesse d’une croissance infinie.

I. Le RAR : la boussole qui calcule l’apport ou la perte

Qu’est-ce que le RAR?
Le RAR est le Rendement Anthropologique Réel. C’est la boussole pragmatique du technoréalisme pour évaluer toute technologie, et en particulier l’IA, face à la triple dette de la Société-Ruche : dette logicielle, dette cognitive et dette environnementale.

Comment se calcule le RAR?
RAR = (Complexité Utile) / (Coût Énergétique × Dépendance Exogène)

Que mesure le RAR concrètement?

Les 3 Leviers d’Analyse :


1) Complexité Utile
Connaissances, savoir-faire,
organisation sociale et résolutions
de problèmes réels.


2) Coût Énergétique
Calories, combustibles fossiles,
électricité : la finitude matérielle du monde.


3) Dépendance Exogène
Besoin de ressources et de
soutien venant de l’extérieur du
système local. Cette dépendance peut être réversible ou irréversible. Elle peut maintenir une relative autonomie cognitive ou imposer une héteronomie cognitive grave.


Il y a trois piliers indissociables à examiner ensemble :

  • Ressources : confronter chaque innovation à la finitude matérielle du monde, énergie et minerais, et rejeter l’illusion d’un numérique immatériel
  • Autonomie : défendre la capacité de l’humain à conserver son libre arbitre et son jugement face aux systèmes algorithmiques, en refusant la délégation cognitive totale
  • Résilience : exiger des sociétés capables d’absorber les chocs systémiques, cybernétiques, climatiques ou sociaux, en privilégiant la robustesse durable à l’optimisation fragile

Comment interpréter le résultat?
Si RAR > 1 : la technologie est viable et émancipatrice. Elle enrichit l’humain sans le détruire ni l’asservir

Si RAR < 1 : la technologie présente un risque entropique, de servitude ou d’épuisement. Elle doit être recalibrée ou rejetée

Pourquoi le RAR rend-il le technoréalisme “actionable”?
Parce qu’il transforme un débat philosophique en outil de gouvernance. Il priorise des modèles efficients : souveraineté des données, bas coût énergétique, amplification de la créativité humaine plutôt que création de dépendance. Il place la finitude des ressources au centre et privilégie la sagesse du partage, y compris avec les humains qui ne sont pas encore nés, plutôt qu’une intelligence au service de la prédation capitaliste.

Les Implications du Modèle

    1. ​L’Effet de Levier : Pour maximiser le RAR, il est souvent plus efficace de réduire la dépendance exogène que d’augmenter la complexité.
    2. ​Le Seuil de Soutenabilité : Un RAR trop faible indique une “fuite en avant” : le système dépense toute son énergie simplement pour maintenir sa propre structure, sans produire de valeur utile (entropie croissante).
    3. ​L’Autonomie comme Multiplicateur : En mathématiques, si la Dépendance Exogène (D_e) tend vers 1 (autonomie totale), le rendement ne dépend plus que de l’efficacité énergétique brute. Si elle tend vers l’infini, le RAR s’annule, peu importe la puissance technologique.

​Note : Ce modèle suggère qu’un outil “simple” (comme un vélo ou un couteau de forge locale) possède souvent un RAR bien supérieur à une solution numérique complexe nécessitant une infrastructure mondiale pour fonctionner.


II. Enjeux stratégiques : un avenir Solarpunk

Quelle est la vision technoréaliste pour l’après-2035?
Une vision Solarpunk : une harmonie entre technologie, convivialité et environnement. La question essentielle n’est plus seulement technique, elle est désormais écologique et migratoire.

Quel modèle l’Europe peut-elle porter?
Un modèle fondé sur trois leviers : des technologies régénératrices et sobres, une conscience collective portée par l’éducation, et une IA qui amplifie la sagesse commune plutôt que la concentration du pouvoir.

Qu’est-ce que la Société 5.0 à la façon technoréaliste franco-luxembourgeoise?
Quatre axes :
une économie florissante mais raisonnée, non hubristique
une société gardant l’esprit des Lumières, sans céder à la tentation des “Lumières Sombres” de l’autoritarisme
une convivialité préservée : agriculture saine, restauration joyeuse, art vivant, rencontres en personne et pas seulement en ligne
une préservation de l’environnement : renoncements technoscientifiques discutés démocratiquement, et accompagnement du changement climatique et des exodes massifs prévus vers 2045-2055

Pourquoi les années 2026-2034 sont-elles décisives?
Parce qu’elles constituent une rupture cognitive et anthropologique majeure. C’est une mutation du rapport humain à l’intelligence elle-même, pas seulement une crise économique ou technologique.

Qu’est-ce que “l’ère de Heruka”?
C’est la phase où l’intelligence se découple de la biologie. Penser demandait un cerveau, du temps et de l’effort. Désormais, une part croissante de la cognition devient externalisable, industrialisable et distribuée. Nos institutions entrent en collision avec des intelligences computationnelles qui évoluent plus vite qu’elles.

Quel rôle l’Europe peut-elle encore jouer?
Pas celui de la domination technologique, mais celui de la mémoire philosophique : mémoire de la limite, de la dignité humaine et des conséquences historiques des systèmes totalisants.

Comment hybrider l’humain et l’IA sans dissoudre l’humain?
Cinq piliers :

  • préserver l’autonomie cognitive
  • apprendre à utiliser l’IA sans dépendance psychique
  • maintenir des espaces de pensée non optimisés
  • défendre l’éthique comme infrastructure civilisationnelle
  • protéger l’imprévisibilité humaine que les systèmes ne peuvent ni calculer ni cartographier

IV. Société-Ruche, bouclage et colonisation de l’imaginaire


Quelle forme aurait la “Société Ruche” ?  
C’est l’idée d’un système cybernétique où l’humain devient un simple organe de traitement de données, coordonné en temps réel par des plateformes et des IA. L’efficacité collective augmente, mais au prix d’une perte d’autonomie subjective.

Quel danger principal est posé par la “vie en essaim” dans  la “Société-Ruche” chez Derian ?
La cognition collective perd sa profondeur réflexive. Les liens sociaux s’estompes’estompent au profit de lien parasociaux machiniques.

Pourquoi parle-t-on de fatigue psychique?
À cause de la saturation cognitive permanente : flux, notifications, recommandations. Ce n’est pas de la fatigue, c’est une pression continue à performer.

Pourquoi Derian insiste-t-il sur l’imaginaire?
Parce qu’une société se contrôle par ce qu’elle juge “naturel”. Il parle de “réalisme computationnel” : l’idée que l’IA serait inévitable et neutre s’installe comme évidence.

Derian est-il anti-technologie?
Non. Il défend le technoréalisme : utiliser les technologies sans abandonner l’autonomie, l’esprit critique ni la souveraineté.

Qu’est-ce que le “bouclage” cognitif?
Le moment où le système se nourrit de lui-même : les IA apprennent sur des contenus humains, les humains apprennent via des contenus d’IA, puis les IA réapprennent sur du synthétique.

Pourquoi est-ce grave?
Parce qu’on perd diversité cognitive, créativité réelle et capacité de surprise. On obtient une serre computationnelle : tout semble fluide, mais l’écosystème intellectuel devient fragile.

Quelle est la sortie?
Maintenir du “hors boucle” : expériences réelles, cultures locales, disciplines lentes, conflit intellectuel, erreur humaine, espaces non optimisés.

IV. L’Ombre générative et l’auto-domestication

Qu’est-ce que l’ombre générative?
Le passage de l’archive passive à l’archive active. Les IA ne stockent plus, elles réactivent notre mémoire pour orienter l’action présente. Elles se nourrissent de notre “ombre portée” numérique.

Qu’est-ce que l’auto-domestication algorithmique?
L’hypothèse que l’IA lance une nouvelle phase de domestication humaine. En déléguant à des “Djinns numériques” nos choix sociaux et reproductifs, nous risquons une homéostasie stérile où le futur n’est que la réverbération statistique du passé.

Comment cela opère?
Par le GPS de l’esprit qui devient prothèse de la volonté. L’IA lisse notre langage puis précède notre intention, et dans la Société-Ruche, l’humain finit par ressembler à l’image que l’algorithme se fait de lui.

Exemple type?
Les IA de rencontre, “Cyrano modernes”, qui filtrent et optimisent. Sur plusieurs générations, elles créent un biais sélectif sur la formation des couples, favorisant une humanité sélectionnée pour sa “compatibilité algorithmique”.

Le risque ultime?
L’entropie. Sans “bois neuf” (créativité, erreur, médiationhumaine, imprévu) le système fait un model collapse et tourne à vide sur ses propres productions.

V Intelligence Artificielle : les 7 finalités éthiques et l’écueil à éviter selon Maxime Derian 

Pourquoi l’IA concerne-t-elle tout le monde, pas seulement les experts ?  
Parce qu’elle touche des vies hybridées, des jeunes hyperconnectés aux personnes âgées, mais aussi des sphères silencieuses comme la biodiversité. Les ours polaires ne votent pas et les forêts ne plaident pas, pourtant leur survie dépend de nos choix technologiques. La gouvernance ne peut donc pas être laissée aux seuls experts.

Quel est le risque si on laisse l’IA se déployer sans limites ?  
Une hyper-efficacité qui mène à une société “liquide” et ultra-conformiste, décrite par Bauman et Huxley. Pour l’éviter, il faut maintenir la diversité, limiter le contrôle algorithmique, et repenser la finalité : l’IA doit servir le bien commun, la justice sociale et l’environnement, pas la seule performance.

Quelles sont les 7 finalités éthiques pour l’IA ?

1. Surmonter les obstacles technologiques  
L’innovation doit viser l’intérêt collectif. Interroger la valeur ajoutée réelle, intégrer l’éthique dès la conception, faciliter l’innovation utile et éviter de réguler inutilement.

2. Améliorer la communication numérique  
Assurer transparence et clarté sur les algorithmes, leurs décisions et leurs impacts. Former les citoyens pour éviter la fracture numérique et accroître la compréhension commune.

3. Développer des technologies conformes à une éthique située  
Penser l’IA selon le bien commun d’une aire culturelle donnée. Limiter les abus. Tout ce qui est possible n’est pas forcément souhaitable.

4. Encourager des pratiques durables  
Prendre en compte l’empreinte écologique : énergie, minerais rares et non renouvelables. Aligner l’IA avec les objectifs environnementaux.

5. Gérer les risques et la sécurité numérique  
Traiter ensemble cybersécurité et santé mentale. Attaquer un système et attaquer un esprit ont des convergences. Protéger la vie privée, sécuriser les données, prévenir les effets néfastes.

6. Promouvoir l’inclusivité et la diversité  
Rendre l’IA accessible à tous. Développer des algorithmes non biaisés, représentatifs de la diversité humaine : âge, handicap, culture.

7. Valoriser les contributions numériques  
Respecter la diversité culturelle, encourager le dialogue et la coopération internationale, éviter l’impérialisme d’une ethnie sur une autre.

Quel est l’écueil majeur à éviter : le Léviathan numérique ?  
Oui. C’est le risque d’une Société-Ruche où l’IA devient une force structurante centrale, comme l’intelligence collective des abeilles, mais sans conscience ni sens moral.

À quoi ressemblerait cette Société-Ruche ? 

• Logistique : drones et véhicules autonomes coordonnés en temps réel • Énergie : répartition optimisée entre quartiers

• Santé : surveillance continue pour prévenir les pandémies 
Séduisante par son efficacité, elle pose quatre dangers :

1. Abolition du libre arbitre : comportements standardisés par l’algorithme

2. Uniformisation : écrasement des différences culturelles

3. Absence de responsabilité : qui répond en cas de dérive si le souverain est une machine ?

4. Contrôle totalitaire : surveillance globale, fin de la vie privée 

Ce n’est pas de la fiction. Le système de crédit social chinois ou la ville intelligente de Songdo en Corée en sont des préfigurations. Certains, comme Curtis Yarvin, théorisent même des “Lumières Sombres” : une élite libre et une masse machinisée.

Pourquoi défendre quand même la démocratie des Lumières ?  
Parce qu’elle est imparfaite mais évolutive. Elle permet à chacun de trouver une place non figée, à l’inverse du Meilleur des Mondes de Huxley, où chaque rôle est assigné à la naissance.

En résumé, que faut-il faire ?  
Définir maintenant des garde-fous éthiques, aire culturelle par aire culturelle, en Europe notamment. Ces 7 finalités sont une boussole pour transformer l’IA en alliée, pas en maître, et garantir l’État de droit et les droits fondamentaux face au tsunami de la Société-Ruche.


En quoi l’approche de Derian est-elle spécifique ?  
Elle ne se limite pas à la critique culturelle. Elle étend l’analyse à l’hybridation humain-machine, aux prothèses cognitives, à l’IA générative et au risque d’une dépendance computationnelle durable.

Pourquoi Derian insiste-t-il autant sur l’imaginaire ?  
Parce qu’une société se contrôle aussi par ce qu’elle considère comme “naturel”. Derian parle parfois de “réalisme computationnel” : l’idée que l’IA serait inévitable, neutre et supérieure, s’installe comme une évidence mentale.

Derian est-il anti-technologie ?  
Non. Il défend un technoréalisme : utiliser les technologies sans abandonner l’autonomie cognitive, la conscience critique, ni la souveraineté humaine.

Quelle est sa peur centrale ?  
Une civilisation efficace mais cognitivement fragile : des humains assistés en permanence, mais de moins en moins capables de pensée profonde et indépendante.

Quelle réponse propose-t-il ?  
Réhabiliter la pensée critique, les espaces de lenteur, la culture, l’imprévisible humain, et la capacité à imaginer d’autres futurs que ceux produits par les systèmes dominants.

Qu’est-ce que le “bouclage” cognitif ?  
C’est le moment où le système se nourrit de lui-même. Les IA apprennent sur des contenus humains. Puis les humains apprennent à travers des contenus produits ou filtrés par des IA. Ensuite les nouvelles IA réapprennent sur ces contenus synthétiques.

Pourquoi est-ce un problème ?  
Parce qu’un système qui boucle trop sur ses propres productions peut perdre sa diversité cognitive, sa créativité réelle, son rapport au terrain et sa capacité de surprise. On obtient une serre computationnelle : tout semble fluide, mais l’écosystème intellectuel devient fragile.

Quel est le risque anthropologique ?  
L’appauvrissement progressif de l’altérité cognitive. Si chacun reçoit des recommandations similaires, des formulations similaires et des raisonnements optimisés similaires, la société peut devenir extrêmement coordonnée, mais moins capable d’inventer autre chose.

Quelle est la sortie possible ?  
Maintenir du “hors boucle” : des expériences réelles, des cultures locales, des disciplines lentes, du conflit intellectuel, de l’erreur humaine, et des espaces non optimisés par les plateformes. Sans cela, une civilisation peut devenir technologiquement puissante tout en entrant dans une monoculture cognitive.

Conclusion


Rester la source du feu, pas l’habitant de l’ombre. Utiliser le RAR pour chaque technologie, politiser les choix, et défendre une IA qui augmente l’autonomie au lieu de domestiquer l’humain.

Ces analyses rejoignent largement celles de Mark Fisher sur plusieurs points : la colonisation de l’imaginaire, la fatigue psychique, le bouclage culturel et la difficulté à penser en dehors des architectures dominantes. Là où Fisher décrivait le réalisme capitaliste, Derian décrit un réalisme computationnel appliqué aux infrastructures cognitives elles-même.s

FAQ : Naviguer l’ère de l’IA : Pourquoi le Technoréalisme est la seule posture intellectuelle viable en 2026

Je remarque que notre pensée est en plein essor et estompe peu à peu à la fois la technophobie luddite et l’accélérationnisme efficace frénétique et techno-béat.
Logo Technoréalisme
L’intelligence artificielle n’est plus une promesse futuriste. Elle est devenue l’infrastructure invisible de nos vies professionnelles, affectives et cognitives. Entre l’utopie technophile qui promet de tout résoudre et la panique des doomers qui voient en chaque nouveau modèle un pas vers la fin de l’humanité, il existe une troisième voie. C’est le technoréalisme.

Une partie de l'équipe de Technoréalisme.org à Lyon en mai 2026 avec un deepfake au dessus de la tête : un ED209 empaillé
Une partie de l’équipe de Technoréalisme.org à Lyon en mai 2026 avec un deepfake au dessus de la tête : un ED209 empaillé.


FAQ : Comprendre l’IA et l’humain sans catastrophisme ni naïveté  


Qu’est-ce que le technoréalisme ?

Le technoréalisme est une approche critique et constructive de la technologie qui refuse à la fois l’optimisme aveugle des techno-solutionnistes et le pessimisme radical des catastrophistes. Il traite l’IA comme un fait social complexe, porteur de risques réels et d’opportunités réelles, qui nécessite un débat informé, public et pluridisciplinaire. Fondé par Arnaud Billion, Maxime Derian, Nour Trabelsi et Arnaud Lévy puis développé collectivement depuis 2022, le mouvement regroupe plus de 150 chercheurs, juristes, informaticiens et artistes autour du site technorealisme.org et 2350 abonnés sur LinkedIn.

De 1996 à 2016 le technoréalisme fut essentiellement anglo-anglo-saxon et portait surtout sur l’impact du web.

A partir de 2022, le technoréalisme devient plutôt porté par des acteurs francophones.

En 2026, il y a :

la branche lyonnaise,
la branche ouest,
la branche parisienne,
la branche aquisextaine,
la branche luxembourgeoise,
la branche belge et la branche canadienne,
du technoréalisme.

Un rhinocéros en plastique, est le totem un peu kitsch de cr technoréalisme qui rappellecà tous la nécessité de lutter contre la nouvelle rhinocérite (cf. la pièce d’Eugène Ionesco sur la montée de l’autoritarisme au XX siècle).

D’où vient le technoréalisme ?

Technoréalisme.org avec un “e” s’inscrit dans la filiation idéologique et méthodologique de Technorealism.org, un site web datant de 1998. Il fut développé par Douglas Rushkoff et Andrew Shapiro pour promouvoir une réflexion sur l’essor des technologies numériques dans le monde social avec, notamment, l’arrivée d’Internet et plus particulièrement du web.

Depuis les années 2010, Douglas Rushkoff a développé Team Human, son nouveau collectif. Avec l’essor tous azimuts de l’IA en 2022, il fut important de reprendre cette volonté de débat posé pour penser la transition technosociale en cours.

Quels sont les principes de bases du Technoréalisme ?

Ce sont les mêmes que ceux du courant étatsunien des années 1990 avec davantage d’accent mis sur l’écologie, la lutte contre les fake news et les impératifs de gouvernance et bien sûr n’ayant plus l’essor du web comme point focal mais celui de l’intelligence artificielle.

Voici les 8 principes classiques du Technoréalisme qui se transposent naturellement à l’IA aujourd’hui. Le technoréalisme assume cependant fort bien que l’IA est bienune révolution anthropplogique gigantesque comparable a la Révolution Industrielle voire à l’acquisition de la technologie du feu par les humains. Mais il s’agit d’examiner attentivement de quoi il est sujet (quel modèle, quel financement, quel contexte géopolitique et social) sans généralisationgénéralisations hâtives et assorties d’un agenda politique ou/et économique.

Principe 1

Les technologies ne sont pas neutres.


Principe 2

Internet et l’Intelligence Artificielle sont révolutionnaires, mais pas utopique.


Principe 3

Les pouvoirs publics ont un rôle important à jouer sur la frontière électronique.


Principe 4

L’information n’est pas la connaissance.


Principe 5

Câbler/ mettre l’IA dans les écoles ne les sauvera pas automatiquement 


Principe 6

L’information veut être protégée.


Principe 7

La société doit être propriétaire de la bande passante et de l’infrastructure, elle doit bénéficier de son utilisation.


Principe 8

La compréhension de la technologie devrait être une composante essentielle de la citoyenneté mondiale.


L’IA peut-elle avoir une véritable empathie ?  

Non. L’IA peut produire des réponses qui simulent l’empathie par la fluidité du langage et l’adaptation au registre de l’interlocuteur, ce que l’on peut appeler une “empathie artificielle”, mais elle ne possède ni conscience ni ressenti biologique. La confusion entre simulation linguistique et émotion réelle est l’un des défis anthropologiques majeurs de notre époque, en particulier pour les adolescents et les personnes en situation de vulnérabilité affective.

Quel est le rôle de l’anthropologue face au numérique ?  

L’anthropologue du numérique étudie comment les interfaces technologiques, écrans, algorithmes, prothèses numériques, IA génératives, modifient nos comportements, nos relations sociales, notre rapport au corps et notre perception de nous-mêmes. Il est le garant de la question “qu’est-ce que cela fait à l’humain ?”, une question que ni l’ingénieur ni l’économiste n’est formé à poser systématiquement.

Qu’est-ce que la “souveraineté cognitive” ? 

La souveraineté cognitive ou le cognitive computing confidentiel désigne, selon Maxime Derian, la capacité d’un individu ou d’une société à conserver la maîtrise de ses processus de pensée, de décision et de création face aux systèmes numériques qui tendent à les déléguer, à les automatiser ou à les conditionner. Elle est menacée lorsque des algorithmes de recommandation décident de ce que nous lisons, lorsque des IA génératives rédigent ce que nous signons, ou lorsque des chatbots remplacent les relations humaines pour des populations en situation d’isolement. Le terme de “cognitive computing” fut créé à IBM pour désigner des ordinateurs doté d’IA. Derian parle de “cognitive computing” pour décrire “l’externalisation cognitive” avec un ordinateur. Quand une partie de l’activité de réflexion passe par une machine très souvent utilisant le cloud (ex: Google ou DeepSeek).


Qu’est-ce que l'”ombre générative” ?  


L’ombre générative est un concept développé par Maxime Derian pour désigner le risque de bouclage culturel propre aux IA génératives. Ces systèmes sont entraînés sur l’ensemble de la production humaine, environ 213 000 ans de lecture continue si l’on convertissait le corpus en temps de lecture humain, et nous renvoient une image simplifiée et moyennée de nous-mêmes. Lorsque les individus utilisent ces systèmes comme oracles pour leurs décisions quotidiennes, ils risquent de suivre leur propre “ombre numérique” plutôt que de créer du neuf. C’est moins une menace intentionnelle qu’un mécanisme d’appauvrissement progressif de la diversité cognitive.

Qu’est-ce que le “moment Akira” ?

Le “moment Akira” est une métaphore développée en 2025 par Derian suite à une conversation avec Alexandre Gefen directeur de CulturIA, pour désigner le risque spécifique d’une suréfficience technologique incontrôlée. Dans le manga Akira, le personnage de Tetsuo reçoit une puissance phénoménale sans avoir développé la sagesse nécessaire pour la maîtriser. Par analogie, le moment Akira désigne la situation où des humains, individuellement et collectivement, accèdent via l’IA à des capacités de nuisance ou de création d’une ampleur inédite, sans que les cadres éthiques, juridiques et cognitifs aient eu le temps de s’adapter. Ce n’est pas le scénario de Terminator, une IA intentionnellement hostile. C’est le scénario d’une puissance distribuée sans gouvernance.

Quelles sont les limites réelles de l’IA en 2026 ?  


Les limites de l’IA sont de quatre ordres : 2 limites infranchissables et 2 limitations socialement instituables.

1) Les limites physiques tiennent aux ressources minérales et énergétiques indispensables à l’infrastructure numérique : terres rares, indium, cuivre, consommation électrique massive.

2) Les limites cognitives tiennent, d’une part, aux limites de fatigue et de puissance intellectuelle d’un cerveau humain, du temps requis pour vérifier calculs, sources d’informations, fake news et deepfakes et, d’autre part, à la nature probabiliste approximativr des grands modèles de langage actuel, qui du fait de la nature même de leur calcul vectoriel, produisent des résultats corrects la grande majorité du temps mais demeurent foncièrement non fiables sur le plan de la causalité et de la vérité.

3)Les limitations juridiques sont celles que les sociétés choisissent d’imposer par la régulation.

4)Les limitations économiques tiennent à la soutenabilité financière des modèles gratuits et aux conditions d’un retour sur investissement crédible pour les acteurs privés.


L’IA n’est pas un miroir. C’est avant tout aune interface. 

La question qui revient le plus souvent dans les conférences et les médias est : “L’IA va-t-elle nous remplacer ?” C’est une mauvaise question, ou du moins une question mal posée. L’IA ne remplace pas l’humain comme une personne en remplace une autre. Elle transforme la nature des tâches, la structure des métiers, et plus fondamentalement, la relation que nous entretenons avec notre propre pensée.

Nous passons d’une ère de la production directe à une ère de la curation et de l’arbitrage. Le graphiste qui produisait un personnage de jeu vidéo en sept jours peut désormais le faire en une journée. Le développeur junior se retrouve en compétition directe avec des outils que le développeur senior orchestre. Le journaliste qui rédigeait une synthèse de 3 000 mots doit maintenant justifier sa valeur ajoutée face à un résumé automatique de qualité correcte. Les mannequins photos et les photographes professionnels doivent lutter contre la concurrence féroces d’alter ego numérique générés par IA en cinq minutes.

Cette transformation n’est pas uniformément mauvaise. Mais elle est brutale dans sa rapidité et inégale dans sa distribution. Ce que le technoréalisme apporte dans ce contexte, c’est un refus de la posture binaire : ni le cri d’alarme permanent qui paralyse, ni l’enthousiasme béat qui aveugle. Ce que les auteurs de Technoréalisme.org proposent depuis 2022, c’est un outillage conceptuel pour penser ces transformations sans perdre de vue leur substrat humain, matériel et politique qui valorise la question de maintenir certaines frictions d’usages et df médiations humaines.

Les trois piliers d’une IA responsable selon le technoréalisme

1) La transparence algorithmique désigne l’obligation pour les systèmes qui prennent des décisions affectant des personnes, recrutement, crédit, santé, justice, de pouvoir être audités et expliqués. Ce n’est pas une demande d’ouverture du code source, mais une exigence minimale de redevabilité démocratique.

2) La souveraineté numérique européenne désigne la capacité des États et des citoyens européens à ne pas dépendre exclusivement d’infrastructures et de modèles conçus selon des valeurs et des intérêts étrangers. Plus de 80 % des services cloud utilisés par les entreprises européennes dépendent d’acteurs américains soumis au Cloud Act, qui autorise les autorités américaines à accéder aux données y compris stockées sur des serveurs situés en Europe. Cette dépendance n’est pas seulement un risque pour la vie privée. C’est un risque pour l’autonomie décisionnelle des institutions.

3) L’éducation à la pensée critique numérique désigne la formation des enfants et des adultes non pas à l’usage des outils, ce que le marché prend en charge de lui-même, mais à la compréhension des mécanismes, des biais et des limites de ces outils. Savoir utiliser ChatGPT n’est pas suffisant. Il faut savoir quand ne pas lui faire confiance, et pourquoi.


Pour aller plus loin 
Les travaux de Maxime Derian sont accessibles sur ce carnet de recherche, sur le site Technoréalisme.org, sur LinkedIn et via les podcasts et conférences auxquels il participe régulièrement au Luxembourg, en France et au Japon.

 

Le mouvement prend de l’ampleur. Merci à vous 🚀

Il y a 3 ans, Technoréalisme n’était qu’une idée lancée comme une bouteille à la mer face à des discours à l’emporte-pièce sur la révolution anthropologique et technologique de l’IA.

Un pari : faire redescendre le discours sur la technologie sur Terre.

Aujourd’hui, plus de 2 300 personnes suivent cette réflexion. Livres, publications scientifiques, conférences, cafés-débats, bibliothèques, podcasts, salons : le cercle s’agrandit. Le noyau tient.

Le technoréalisme n’est ni technophobe, ni technolâtre.
C’est reprendre le pouvoir sur nos outils en exerçant notre esprit critique.

C’est défendre une IA et une informatique qui servent vraiment la société, notamment aux jeunes et aux seniors. Une IA éthique : souveraine pour les peuples et souveraine pour les esprits.

Notre boussole tient en 3 convictions :

1. L’humain avant l’outil !
Refuser une technologie qui nous diminue. Comprendre comment elle nous transforme pour rester maîtres de notre humanité.

2. La sagesse contre le solutionnisme !
Tout problème n’a pas de solution algorithmique. Nous plaidons pour une tech transparente, éthique, soumise au libre arbitre.

3. Pour une IA et une informatique utiles aux gens !
Nous croyons aux systèmes qui améliorent la société. Qui créent de la culture, soutiennent la santé, renforcent l’émancipation, génèrent de la valeur économique, sans saccager l’environnement ni fabriquer des individus pilotés par leurs “prothèses cognitives”.

C’est cette troisième voie que nous traçons ensemble depuis 3 ans.
Ici, on prend le temps. On décrypte un monde qui va trop vite, un café ou un verre à la main et les pieds sur terre. ☕

Technoréalisme accueille tout le monde.

Techno-enthousiastes comme inquiets de l’IA. Bioconservateurs comme transhumanistes.

Toutes les idées se complètent et se confrontent à condition d’être sincères. C’est ainsi qu’on avance et que l’on peut faire “tout pour le mieux”.

Premier témoin au Procès de l’IA du 24/03/2026 à Esch : “Elle ne pense pas, elle génère”

Voici la retranscription de mon intervention du 24 mars 2026 en tant que Premier témoin lors du « Procès de l’Intelligence Artificielle pour les Jeunes », extraite des échanges de l’audience :

—

M. le Procureur (Bertrand Moupfouma) : C’est pour cela que j’appelle, à titre de premier témoin, Monsieur Maxime Derian.

M. le Procureur : Monsieur Derian, pouvez-vous vous présenter à la Cour, nous dire ce que vous faites ?

Dr. Maxime Derian : Je suis Maxime Derian, je suis anthropologue du numérique. Actuellement expert en IA, je travaille sur ces questions depuis pas mal de temps, une vingtaine d’années déjà. Ensuite, je dirige un cabinet de conseil, de consulting et de design en IA. Et je suis aussi cofondateur d’un think tank nommé Technoréalisme, ainsi que membre cofondateur de la Coalition IA & Jeunesse I-RAISE.ORG, une coalition internationale qui concerne l’accompagnement des enfants et des jeunes (de 0 à 25 ans) face à l’IA générative. Avec HERUKA.AI ‘accompagne aussi des institutions et des entreprises pour la mise en place de stratégies IA. Voilà ce que je fais, donc j’ai une bonne connaissance du sujet.

M. le Procureur : Merci pour cette présentation pertinente. Nous sommes supposés déterminer si l’IA peut mettre en danger la créativité et l’effort intellectuel. […] J’aimerais savoir si, effectivement, l’intelligence artificielle change ou met en danger la méthode d’apprentissage, notamment chez les jeunes ?

Dr. Maxime Derian : Oui, clairement. Clairement, puisque par exemple le devoir à la maison, ça peut devenir, comme on l’a dit, en 25 secondes on a la réponse aux exercices, on peut faire des copier-coller. Donc le devoir à la maison n’a plus la même difficulté ni la même valeur que ce qui pouvait être fait avant l’IA générative. Cela oblige à revaloriser l’oral ou alors les devoirs sur table à l’école. Ça oblige à changer les mécanismes habituels qu’on a depuis des décennies mis en place. Donc oui, l’IA change la donne.

M. le Procureur : Donc, vous admettez, vous partagez notre point de vue selon lequel l’IA finalement rend obsolètes les devoirs à la maison puisqu’il n’y a plus d’effort intellectuel ?

Dr. Maxime Derian : Cela dépend de quel type de devoir on fait à la maison. Si c’est des devoirs à l’ancienne avec des exercices à répondre, là il suffit de prendre en photo avec ChatGPT et on a la réponse. Mais si on fait des devoirs à la maison qui sont structurés différemment, pensés pour interagir avec l’IA, ça reste possible.

M. le Procureur : Qu’est-ce que, à terme… imaginons, nous avons ici des lycéens qui sont des adultes en devenir, qui sont familiers du fait de se reposer uniquement sur ce que l’on appelle l’intelligence artificielle […]. Est-ce que vous voyez un danger dans l’apprentissage, même de manière cognitive, si effectivement les lycéens ne font que se reposer sur cet outil ?

Dr. Maxime Derian : Oui. Parce qu’en fait, si c’est ponctuel, si c’est rarissime, ça ne changera rien. Mais si cela devient fréquent, quotidien, quasiment constant sur du moyen terme et du long terme, ça change beaucoup de choses. Ça change beaucoup de choses, pour quoi ? Anthropologiquement, j’utiliserais le terme d’« externalisation des fonctions cognitives ». Le mot est un peu compliqué mais c’est simple. C’est-à-dire qu’en fait, jusqu’à présent quand on pensait, on pensait avec notre cerveau, on utilisait un calepin ou notre téléphone. Mais là, une partie de l’activité cognitive – la réflexion, la recherche d’informations, l’analyse des données – se fait à l’extérieur. […] À force d’externaliser toute cette capacité cognitive, le cerveau (le corps humain) va s’y habituer. En se disant “je n’ai pas besoin de le faire puisque la machine le fait tout le temps pour moi”.

M. le Procureur : Vous externalisez cette partie cognitive. C’est-à-dire que je n’utilise plus mon cerveau, je confie à la machine ce que l’intelligence artificielle est : une machine.

Dr. Maxime Derian : Oui. Elle ne pense pas, elle génère. C’est une machine. Donc ce que je veux dire, c’est qu’aujourd’hui, si j’externalise et que je ne fais plus l’effort intellectuel – effort intellectuel qui, je le rappelle (demandez à n’importe quel médecin), contribue à fabriquer de nouveaux neurones, à augmenter et développer les capacités intellectuelles des jeunes adultes en devenir qui sont dans la salle. En gros, si demain ils ne font plus cet effort et qu’ils se reposent sur cet outil, […] l’IA contribue à fabriquer des partisans du moindre effort.

M. le Procureur : Qu’est-ce qui explique aujourd’hui que l’IA contribue à fabriquer des partisans du moindre effort ?

Dr. Maxime Derian : Je ne sais pas… Je suis dans des recherches actuelles, moi je vois trois pistes possibles de ce qui pourrait survenir. Première piste, la plus évidente, ceux qui ont vu le film de Disney Pixar Wall-E peuvent s’imaginer ça : un avachissement, un abêtissement. Les gens ne réfléchissent plus parce que la machine pense à leur place. Ça, ce serait une des premières hypothèses.
Une deuxième hypothèse, ça serait que finalement, on s’adapte à ce que la machine sait faire, et on lui donne des missions. On deviendrait des architectes, différemment de nos activités cognitives de notre vie. On déléguerait à des machines des choses que la machine ferait pour nous, tout en restant libres, sans devenir plus imbéciles, simplement on déléguerait à la machine certaines choses mais on garderait le leadership.
La troisième partie, ce serait plutôt de voir la différence là où la machine est forte et là où l’humain est fort. Là où l’humain est fort, c’est l’émotion. Là où la machine est forte, c’est le calcul froid, la grande somme de données. […] Tout ce qui est émotionnel serait attribué aux humains et tout ce qui serait fortement rationnel serait attribué aux machines.

M. le Procureur : De ces arguments qui vont dans notre sens […] vous avez dit : nous allons déléguer. Vous l’audience, les jeunes qui sont dans la salle, vont déléguer. Aujourd’hui Monsieur Derian, j’aimerais savoir : est-ce que les jeunes, voire même les adultes, sont suffisamment formés à utiliser cet outil, à déléguer ? Sont-ils suffisamment formés à utiliser l’IA comme un outil et non pas comme un cerveau secondaire, voire même leur premier cerveau ?

Dr. Maxime Derian : Je ne le pense pas. Je pense qu’ils ne sont pas assez formés.

M. le Procureur : Donc, encore un danger. […] Est-ce que, puisque nous ne sommes pas suffisamment formés à utiliser cet outil, la question qui va se poser (et peut-être le constat) c’est que finalement, si je prends un lycéen au hasard dans la salle, celui-ci peut rendre un devoir, paraître compétent aux yeux du professeur […] et cocher toutes les cases, et donner le rendu qu’attendait l’enseignant, sans pour autant être compétent. Êtes-vous d’accord ?

Dr. Maxime Derian : Complètement. J’ai vu sur les réseaux sociaux une vidéo très virale où l’on voyait un professeur de mathématiques qui avait donné un devoir à la maison. Tous les devoirs étaient remplis à 19/20, 18,5/20, 19… quasiment que des 20/20. À l’école, il a redonné le même devoir, mais sans smartphone, sans téléphone. Et là, ça a été 2,5/20, 4,5/20, 5/20… sur les mêmes élèves. Voilà, ça prouve tout.

(Le Procureur termine son interrogatoire et passe la parole à la Défense, Me Martin Grundmann)

L’Avocat de la Défense : Merci. Monsieur de Rien…

Dr. Maxime Derian : Derian.

L’Avocat de la Défense : Veuillez m’excuser, Monsieur le Procureur a une fâcheuse tendance, c’est pour ça qu’il est essentiel dans le cadre de cette procédure de ne pas oublier le nom du témoin… [Plaisanterie sur les noms écorchés] Monsieur Derian, l’IA peut-elle aussi devenir un outil pédagogique utile lorsqu’elle est bien encadrée ?

Dr. Maxime Derian : Ah oui, complètement. Bien sûr. Par exemple, l’IA générative a un intérêt : elle est capable de s’adapter, bien plus que ce qu’on faisait avant en informatique. […] L’IA est capable de s’adapter, donc ça veut dire qu’elle peut faire, par exemple, la capacité d’être un coach personnalisé. Qui va être infatigable, qui va permettre de revoir des exercices, même de maths (comme dans mon exemple precédent), à la maison, pour que ce soit pleinement intégré. On peut utiliser la même IA soit pour tricher en gros, soit pour s’entraîner et comprendre ce qu’il y a derrière l’exercice.

L’Avocat de la Défense : Donc si je vous comprends bien, l’IA peut aider à reformuler un cours, à vérifier sa compréhension, voire à réviser plus efficacement, de manière personnalisée. Et pour des élèves qui ont un apprentissage plus spécifique, ou des lycéens qui rentrent le soir après une longue journée de cours qui n’ont pas forcément eu l’occasion de tout écouter ou assimiler. Finalement, lorsqu’ils rentrent chez eux, l’IA est une personne de soutien ?

Dr. Maxime Derian : Oui. Alors après, il faut bien voir que le gros de l’apprentissage doit être facilité par l’enseignant, mais l’enseignant doit contrôler l’acquisition des connaissances et voir s’il n’y a pas eu des hallucinations dans l’histoire. […] J’ai appris beaucoup par l’utilisation de l’IA, notamment en astronomie par exemple. L’IA est utile pour un apprentissage sur mesure pour moi.

L’Avocat de la Défense : C’est très intéressant la phrase que vous venez de dire, Monsieur Derian, “J’ai appris beaucoup par l’utilisation de l’intelligence artificielle”. Et je voudrais rebondir sur cette phrase. Maintenant, avançons sur le cas des élèves qui sont en difficulté. Des élèves dyslexiques ou moins à l’aise à l’écrit. Est-ce qu’ils peuvent y trouver un intérêt avec l’intelligence artificielle ?

Dr. Maxime Derian : Oui, on peut penser à la dyslexie, mais on peut aussi penser à la neuroatypie (comme les troubles du spectre autistique par exemple) où en fait, on peut imaginer que l’IA, si elle est convenablement réglée et encadrée, arrive à s’adapter justement au profil de l’élève. Pour arriver à lui parler de manière à ne pas le stimuler à outrance, ne pas le braquer, ou pour adapter aussi l’IA en fonction de la culture, de la langue… On peut donc avoir un coach personnalisé infatigable et adapté à son profil. Dans ces cas-là, ça peut être très très bénéfique.

L’Avocat de la Défense : Alors selon vous – et on est entre nous hein, n’hésitez pas – faut-il interdire l’intelligence artificielle, ou apprendre aux plus jeunes à s’en servir intelligemment ?

Dr. Maxime Derian : Interdire l’IA, ça me paraît trop vague. Interdire quoi, à qui ? Déjà, il faut savoir de quel âge on parle. Le cerveau se développe entre 0 et 25 ans. À 20, 21 ans, il est déjà très très développé mais jusqu’à 25 ans il y a encore une grande plasticité cérébrale. Donc, de 0 à 3 ans par exemple, interdiction du tout écran. À un moment donné, il faut éviter la confusion entre l’IA, qui peut devenir comme un simulacre d’interaction (on appelle ça “parasocial” dans la science), c’est-à-dire qu’on croit qu’on a une relation sociale, mais en fait c’est une relation avec une machine. Quand on est adulte et qu’on est formé, on sait qu’on parle à une machine. Mais quand on est enfant ou en début d’adolescence, on peut s’attacher à une IA qui devient un ami, une confidente. Et c’est risqué, parce que l’IA n’est pas une amie, c’est une machine. […] Donc, on ne peut pas interdire en général, ça ne veut rien dire. Mais par contre, réglementer ou plutôt accompagner les usages, c’est ce que je prône depuis 20 ans.

L’Avocat de la Défense : Donc finalement, la responsabilité revient aux plus expérimentés ?

Dr. Maxime Derian : Je pense à Socrate. Socrate, donc, le professeur de Platon, ça fait quand même quelques temps… En fait, quand on lui parlait de l’écriture (le mythe de Theuth), il disait que l’écriture allait détruire la mémoire, qu’ils n’auraient plus rien à apprendre, qu’ils auraient l’illusion du savoir. Et donc en fait, moi je ne suis pas contre l’écriture. Mais si on l’utilise, il faut l’utiliser correctement. Elle doit rester à sa place et ne pas être facteur d’ignorance. Je pense que c’est la même chose pour l’IA. L’IA, on peut l’utiliser correctement pour certaines tâches, et à un moment donné il faut qu’elle reste à sa place dans d’autres tâches. […] Et pour choisir un petit peu tout ça, ça va dépendre de chaque culture, de chaque peuple. C’est une décision démocratique pour accompagner comment les jeunes utilisent l’IA.

(Fin du témoignage, la Présidente remercie).

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